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Comment briser ton mec (Partie 02)

Auteur: Ysaline
19 août 2026
: 4.2
(38) votes
32 min de lecture
Étape deux : asseoir ta domination.

Adrien est revenu à lui dans un long gémissement, son corps enregistrant toutes les douleurs d’un coup. Il a ouvert les yeux, les a refermés, et a remarqué que ça ne changeait rien. La pièce était noire, complètement noire, au point qu’il ne voyait même pas ses doigts devant son nez, et aucun bruit ne filtrait non plus. La seule chose qu’il entendait, c’était le léger bourdonnement de la ventilation, tout en haut, un grondement sourd qui résonnait comme un rugissement faute d’autre son pour le couvrir. Une odeur de produits ménagers flottait dans l’air, mêlée à la senteur métallique du sang séché au fond de son nez.

Isolé. Coupé du monde. S’il avait fait plus chaud, il aurait appelé ça l’enfer.

Depuis combien de temps il était dans les vapes ? Impossible à dire avec certitude, mais il se sentait assez reposé pour tenter une estimation. Sept, peut-être huit heures. Ça devait être le matin. Elle devait être debout.

Ce n’est que lorsqu’il s’est hissé sur ses appuis qu’il a remarqué à quel point il se caillait, et pourquoi : il était nu, de la tête aux pieds. Cette salope ne lui avait même pas laissé ses chaussettes. « Dingue. » Il s’est passé une main sur le visage et a marmonné tout bas. « Elle est dingue. »

Il a fallu environ cinq minutes à Adrien pour récupérer assez de forces rien que pour se remettre debout, et quand il y est arrivé, c’était sur des jambes tremblantes. Il serait peut-être même tombé s’il n’avait pas heurté le mur et pris appui dessus. De là, il a palpé les murs capitonnés, à tâtons, jusqu’à ce que sa main trouve les jointures d’une porte. Elle était capitonnée comme le reste de la pièce, mais il était sûr que c’était ça, et la poignée devait être là… quelque part…

Il n’y avait pas de poignée. « Merde. » Il a passé la main là où elle aurait dû se trouver, puis a laissé exploser sa frustration à grands coups de poing, martelant le mur. « Merde, merde, merde ! » Plus fort, encore plus fort, en lâchant tout. « Laisse-moi sortir ! Sors-moi de là ! Ouvre cette putain de porte, espèce de connasse ! Je te jure que si tu n’ouvres pas… »

Un coup sec contre la porte l’a interrompu, assez violent pour le faire reculer. Un autre coup a suivi, puis un autre, avant que la porte ne s’ouvre d’un coup et n’inonde la pièce de lumière. Il a levé les bras pour se couvrir le visage et laisser à ses yeux le temps de s’habituer, mais même dans le flou, il distinguait une silhouette féminine, imposante, plantée là, sa longue ombre s’étirant dans la pièce. Quand sa vue s’est éclaircie, l’image est devenue plus nette et, surtout, il a compris qu’il n’était pas le seul à être nu.

Solveig se tenait dans l’embrasure, entièrement nue, sans lingerie pour adoucir la vue. Il avait passé une bonne partie de la nuit à l’imaginer à poil, et la réalité n’était pas décevante. Elle avait les cheveux détachés, et s’il la préférait rousse, ces mèches noir corbeau qui tombaient sur sa poitrine nue n’étaient pas une vision désagréable. Elle lui rappelait une femme des cavernes, quelque chose de brut, puissant et dangereux.

Rien que ça, ça a suffi à lui faire oublier qu’elle l’avait kidnappé. Pendant deux secondes.

Elle tenait un plateau de nourriture. Des Cheerios, une banane et un verre de jus d’orange. Sans un mot, calme comme si de rien n’était, elle est entrée et l’a posé près de la porte, puis a actionné l’interrupteur.

« Bonjour. » Son ton était joyeux, presque enjoué, complètement à l’opposé de ce qu’on attendrait d’une amazone nue qui retient un homme contre son gré. « Bien dormi ? À l’aise ? »

Adrien l’a regardée, puis la porte, puis son visage luisant. L’idée de se barrer lui a traversé l’esprit, mais il savait qu’elle ne le laisserait pas aller bien loin. Elle lui tendait un appât, et il n’allait pas mordre.

Pas encore.

Et puis, il avait des questions. Des questions comme : « Qu’est-ce que tu me veux ? »

Elle a ricané, puis a désigné la bouffe d’un coup de pouce. « Là, tout de suite, je veux que tu t’assoies, que tu manges et que tu écoutes. Ce n’est pas le moment des questions-réponses, c’est le moment des consignes. Compris ? »

Son premier réflexe a été de lui suggérer un orifice où elle pourrait se foutre ses Cheerios. Il a même ouvert la bouche pour le dire. Mais il avait faim, putain, faim, et s’il voulait sortir d’ici, il fallait qu’il garde des forces. La veille, elle l’avait juste pris par surprise. Elle était forte, ok, mais lui était plus fort, plus grand, plus dur. S’ils recommençaient et qu’il était à 100 %, il gagnerait.

Il s’est assis. Il a mangé. Il a écouté.

Elle avait l’air un peu déçue, mais elle n’a pas insisté, se contentant de se déplacer sur le côté, rebondissant légèrement sur le sol capitonné à chaque pas. « Voilà comment ça va se passer, Adri. »

« Adrien. »

« Adri. » Solveig a lâché un reniflement bref, mesquin, puis a enchaîné. « Je suis entraînée à tuer. Je pourrais te tuer. Je suis presque sûre que tu l’as senti hier soir. » Elle s’est raidie, contractant ses muscles pour appuyer son propos, comme s’il avait besoin qu’on lui rappelle qu’elle était plus forte que la moyenne des femmes. Même que la moyenne des hommes, s’il était honnête. « Mais je ne vais pas le faire. Ce n’est pas pour ça qu’on m’a payée. Non, les femmes qui m’ont engagée veulent te voir recevoir une leçon. Donc voilà ce que c’est : une belle leçon. Longue. »

« Engagée ? » Il n’a pas pu rester silencieux et il a pointé la cuillère dans sa direction après avoir avalé une grosse bouchée. « Écoute, je sais pas quelles conneries ces salopes t’ont racontées, mais comme je l’ai dit, elles n’ont rien. Rien du tout. »

« Peut-être. » Elle a haussé les épaules, balayant l’accusation. « Je m’en fous. On ne me paie pas pour m’en foutre, justement. Je fais l’effort de rester neutre dans ce genre d’histoires. Ça rend le boulot plus simple. » Elle a interrompu sa marche juste assez longtemps pour se pencher vers lui et le fusiller du regard. « Cela dit, ça fait du bien de faire ça à quelqu’un qui l’a mérité, pour une fois, et pas à un type qui a juste vexé sa femme tarée. Et essayer de me glisser un cachet, ce n’est pas vraiment un point en ta faveur. »

Adrien n’avait pas grand-chose à répondre à ça, alors il s’est calé et l’a laissée continuer.

Elle a attendu un instant une réponse qui ne venait pas, puis s’est remise à tourner. « Donc, voilà le programme. Un jour sur deux, tu auras une chance de sortir d’ici. Je viendrai, et si tu arrives à te battre pour t’en sortir, tu es libre. Mais si tu n’y arrives pas, eh bien, on va jouer à un jeu. Un petit truc pour que tu goûtes à ce que tu as fait aux autres. Mes employeuses ont une longue liste de choses qu’elles veulent que j’essaie sur toi, alors ne t’inquiète pas, tu n’auras pas le temps de t’ennuyer. »

Il écoutait toujours, mais un détail venait de l’accrocher. « Un jour sur deux ? » Son souffle s’est accéléré. « Combien de temps tu me gardes ici ? »

« Combien de temps ? » Solveig s’est frotté le menton, comme si la question ne lui avait jamais vraiment traversé l’esprit avant qu’il ne la crache. « Jusqu’à ce que mes employeuses soient satisfaites. Ou qu’elles n’aient plus d’argent. Ou que tu t’échappes. Ou que tu meures. » Elle s’est adossée au mur, les mains dans le dos, aussi innocente qu’une tueuse nue pouvait l’être. « Devine sur lequel je parie. »

Ce qui l’a flippé, ce n’était pas tant ce qu’elle disait que la façon dont elle le disait. Plat, pro, sans émotion. Il n’arrivait pas à se débarrasser de l’idée que ce n’était pas la première fois qu’elle débitait ce petit discours. « Quelqu’un va venir me chercher, j’ai un boulot, j’ai de la famille, je… »

« J’ai déjà envoyé un message à ton boulot, en disant que tu serais absent pour la semaine. Ils n’avaient pas l’air très inquiets. J’imagine pas pourquoi : tu as l’air d’un type tellement sympathique. » Elle a avancé les lèvres dans une moue moqueuse qui restait un peu sexy malgré à quel point ça le mettait en rage. « Et au fait, 2580, c’est un code PIN débile pour ton téléphone. » Elle a agité un doigt vers lui. « Mais bon, ça m’évite de devoir te le faire cracher à coups de poing, alors on va dire que tout le monde y gagne. »

Adrien a dû lutter contre l’envie violente de se frapper le front.

« Tu as droit à deux pauses toilettes par jour : une à midi, une juste avant minuit, alors fais-les compter. Si tu salis ici, tu nettoieras. » Il y avait une menace dessous, qu’il n’avait pas envie d’explorer. « Et ça couvre à peu près tout pour l’instant. Des questions ? »

Elle était derrière lui maintenant, dans son dos, tandis que la porte était devant. Il s’est mordu la lèvre, évaluant les options, les chances. Solveig n’avait pas de clé sur elle, donc cette porte devait se verrouiller seulement de l’extérieur, non ? S’il arrivait à sortir, à la refermer avant qu’elle ait le temps de le suivre, il était libre.

Mais elle était proche. À peine à quelques pas. Trop proche, et lui était assis. Il lui fallait une diversion.

« Comment je sais… » Il a aspiré une grande bouffée d’air, et un peu de courage avec, puis il a tourné la tête par-dessus son épaule, vers elle. « Comment je sais que tu vas tenir parole ? Comment je sais que tu vas vraiment me laisser partir un jour ? »

Solveig a réfléchi à la question deux secondes, puis a répondu en haussant les épaules. « Tu ne le sais pas. »

C’était à peu près tout ce qu’Adrien avait besoin d’entendre.

Il a monté son plan en une fraction de seconde et l’a exécuté aussitôt, attrapant le bol de Cheerios à moitié mangé et le balançant derrière lui, envoyant une gerbe de lait et de céréales ramollies sur son visage, sans parler du bol. Il n’est pas resté en place assez longtemps pour voir le résultat, mais au souffle outré, choqué, qu’elle a poussé, c’était un franc succès.

C’était sa chance. Il s’est rué en avant, renversant le jus d’orange au passage, et a foncé vers la porte. Cinq pas, quatre, ne te retourne pas, trois, deux, un.

Adrien était dehors, il avait franchi le seuil. Il a attrapé la porte, s’est retourné et a poussé de toutes ses forces pour la claquer et, ensuite…

Elle ne se fermait pas.

Il a poussé dessus pendant une seconde frénétique, paniquée, cherchant ce qui la bloquait, jusqu’à ce que ses yeux accrochent le coupable. La main de Solveig agrippait le bord de la porte de l’autre côté, la tenant, la maintenant à quelques centimètres de la fermeture. L’écart s’agrandissait même. Elle poussait la porte pour l’ouvrir.

« Non… » Il s’est laissé tomber et a poussé depuis son côté, calant ses pieds au sol et se jetant de tout son poids. Au début, ça a donné l’impression qu’il gagnait un peu, ou au moins qu’il ne perdait pas de terrain. Ils étaient bloqués, la porte ne bougeait pas.

Mais plus ça durait, plus ça tirait sur ses jambes. Ses pieds glissaient, sa position ne tenait plus. La porte s’ouvrait, centimètre par centimètre. « Tu as un peu de mal, dehors ? »

Oui. Oui, il en avait. Il était peut-être un peu plus fort qu’elle sur le papier, mais elle, elle avait l’endurance. Elle allait forcer le passage, et ça ne lui prendrait pas longtemps.

Alors tant pis.

Putain.

Il est passé de pousser à tirer, ouvrant grand la porte pour lui donner tout l’espace qu’elle voulait, et même beaucoup trop. Solveig a poussé un cri étranglé en trébuchant dehors et a failli s’étaler la face la première. Elle a réussi à lever les mains et à tomber sur les genoux au dernier moment, mais la position restait maladroite, et surtout c’était la plus vulnérable où il l’ait jamais vue.

Adrien pouvait courir. Peut-être réussir à sortir. Courir à poil, ça allait être la merde, mais elle aurait le même handicap. Il pouvait atteindre la maison la plus proche, ou peut-être que quelqu’un passerait en voiture.

C’était une bonne idée, la bonne, et il a même fait un pas dans cette direction.

« Fuis, petite pute. »

Quatre mots. C’est tout ce qu’il lui a fallu pour changer d’avis.

Les narines dilatées, le visage rouge, il a pivoté sur son talon et il est revenu sur Solveig, juste au moment où elle se redressait sur les genoux. Adrien a reculé contre le mur, puis il a avancé et lui a envoyé un coup de pied de toutes ses forces dans les côtes à découvert, en mettant tout son poids dans l’impact. Ça n’a pas eu exactement l’effet qu’il cherchait : son corps était tellement solide que ça a fait le bruit d’un coup dans un sac de sable mouillé, ça lui a laissé le pied brûlant et elle n’a presque pas bougé. Mais le grognement de douleur, plein de rage, qu’elle a lâché l’a tellement satisfait qu’il lui en a fallu un autre.

Et un autre.

Et un autre.

Il a continué à lui balancer des coups de pied et à lui marcher dessus dans une ruée furieuse, sans même vraiment faire attention à l’endroit où ça tombait. Juste lui faire mal. L’écraser. La réduire en bouillie jusqu’à ce qu’elle ne puisse plus afficher ce sourire débile. Peu importe qu’elle soit dure. Si elle ne pouvait pas se relever, elle ne pouvait pas se battre.

Elle s’affaissait et toussait après cette rafale. Toujours à genoux, par miracle, mais il savait comment régler ça. Il a levé haut la jambe, posé son pied au-dessus de son crâne, et s’est préparé à lui présenter le sol, version express, avec sa face.

C’est là qu’elle a bougé. Tout s’est passé si vite qu’Adrien n’était même pas sûr de ce qu’elle avait fait, mais à ce qu’il a compris, elle s’est redressée au dernier moment et a calé sa jambe sur son épaule, le laissant sautiller sur un pied en moulinant des bras, luttant pour garder l’équilibre. C’était une sale position, et ça empirait à chaque seconde.

Elle le soulevait.

Ce n’était pas facile pour elle : le poids était mal réparti et il n’avait rien d’un poids plume, même un bon jour. Dans les quatre-vingts kilos, un bon mètre quatre-vingt-cinq. Elle ne le levait pas sans effort, mais elle le faisait, se redressant pendant que ses muscles gonflaient, roulaient sous la peau, pleins de puissance. Il aurait peut-être été impressionné s’il n’avait pas été trop occupé à paniquer.

Elle l’a monté à hauteur complète, et Adrien a tendu la main, comme s’il avait la moindre chance de trouver un truc invisible à agripper pour se sauver.

Il n’a rien trouvé, et l’instant d’après, elle a fait s’écraser tout son poids sur le haut de son dos, avec une force suffisante pour faire trembler la maison. Il a rebondi sous le choc, est retombé, et son corps s’est mis à convulser aussitôt. Sa colonne était en feu, une douleur brute qui semblait descendre jusqu’au ventre, le forçant à se cambrer, à se tordre, pendant qu’il remplissait le couloir de gémissements étouffés.

Est-ce que quelque chose était cassé ? Il n’aurait pas su dire. Même avec toute cette douleur, pourtant, ce n’était pas sa plus grosse inquiétude. Non. Sa principale inquiétude, c’était ce qu’il a aperçu quand il a réussi à entrouvrir assez ses yeux enflés pour voir autour de lui. Solveig se relevait. Lentement, oui, en s’aidant du mur, mais elle se relevait, et elle serait debout bien avant lui.

Un genou au sol, maintenant, elle a craché sur le côté, essuyant le sang de sa lèvre, puis elle a reporté son attention sur lui, le balayant de haut en bas avec un sourire de folle. « T’aurais dû courir. »

Ouais. Il aurait dû.

Peut-être qu’il n’était pas trop tard. Adrien a serré les dents, a poussé à travers la douleur, et s’est mis à ramper vers l’avant aussi vite que ses quatre membres le lui permettaient. Une charge dingue, désespérée, mais il voyait encore quelques options qui se refermaient. Une fois sorti de ce couloir, la porte d’entrée n’était plus très loin. Il croyait entendre une voiture arriver sur la longue route qui passait près d’ici. S’il pouvait juste sortir à temps, alors...

Le seul avertissement qu’Adrien a eu pour la suite, ça a été le tap-tap précipité de pas derrière lui. Il commençait à peine à tourner la tête pour voir ce qu’elle faisait qu’il l’a appris à la dure, Solveig laissant tomber tout son corps sur son dos. Ça aurait été un coup lourd même s’il avait été en forme, mais après l’écrasement qu’il venait de prendre, c’était de la torture pure, folle, une explosion dans ses entrailles qui a arraché un cri strident à sa gorge. Il s’est soulevé, puis s’est réécrasé, restant là, tas immobile sous Solveig.

Elle n’avait pas fini. Solveig a empoigné une poignée de ses épais cheveux blonds, lui a tiré la tête en arrière, a passé son bras autour de son cou et l’a serré d’un coup, bloquant sa gorge dans une clé d’étranglement sans pitié. Ses muscles se bandaient, écrasant sa trachée. Plus d’air sortait, moins d’air entrait, jusqu’à ce que l’étau se referme complètement.

Elle a collé ses lèvres contre le côté de son visage, si près qu’elles frôlaient son oreille à chaque mot murmuré. « Tu sens ça ? » Ses doigts faibles ont gratté contre sa prise, mais elle n’a fait que serrer davantage. « Tu sens toute cette puissance ? Je pourrais t’écraser là, maintenant. Facile. Juste serrer, serrer, et t’éteindre, putain, comme une lumière. »

Après quelques secondes de plus, on aurait dit que ça allait arriver. Des points apparaissaient, son corps se vidait d’énergie à toute vitesse, et il se sentait glisser dans le noir. Ses paupières papillonnaient, ses lèvres formaient des supplications muettes. Il était au bord.

Et c’est là, là tout de suite, qu’elle a relâché, le libérant et le laissant s’affaler face contre le sol, où une petite flaque de salive l’attendait pour accueillir sa joue. Elle lui a laissé juste le temps de tousser, de cracher, de remplir ses poumons, mais cette pitié a été brève. Elle a rampé le long de son corps en appuyant de tout son poids, jusqu’à venir s’asseoir sur l’arrière de sa tête. Les cheveux serrés dans sa main, elle a plaqué sa chatte contre l’arrière de son crâne et a laissé son poids lui broyer le visage contre le parquet.

Douloureux et humiliant. Ça aurait pu suffire à certains. Pas à Solveig.

Elle a levé les hanches, tirant sur son cuir chevelu au passage, puis elle s’est laissée retomber sur lui, lui enfonçant la face dans le sol. Une fois, deux fois, trois fois, chaque écrasement accompagné d’un grognement haineux. Son seul réconfort, c’est qu’à la deuxième fois ses sens étaient déjà bien émoussés, ce qui anesthésiait un peu la douleur, mais c’était une consolation minable.

Quand elle en a eu fini, Solveig a glissé sur son dos et lui a donné une claque rapide sur le côté. Ça lui a rendu un peu de lucidité, qu’il le veuille ou non. « Ça y est, tu t’es défoulé, Adri ? Hein ? » Une autre claque, de l’autre côté. Il était bien réveillé, maintenant. Endolori, le nez qui se remettait à saigner, mais réveillé. « Tu te sens mieux ? »

Adrien a essayé de se redresser et de ramener ses bras pour protéger son visage, mais ses genoux lui clouaient les épaules au sol et l’en empêchaient. Il a tressailli, il s’est débattu, il s’est tortillé, mais il n’allait nulle part. « Dégage. De. Sur moi. »

Solveig a juste claqué la langue, comme une mère déçue devant son gosse infernal, et a lâché un rire éraillé. « Je vois tout de suite que tu vas être un projet pénible. Neuf fois sur dix, les mecs supplient après leur première nuit. Vilain chien. » Elle lui a tapoté doucement la tête. Il préférait les claques. « Mais ce n’est pas grave. J’aime bien quand c’est un défi. »

Elle a fait traîner une dernière fois, longuement, son entrejambe sur l’arrière de son crâne, puis elle s’est dégagée et s’est redressée au-dessus de lui. Elle respirait profondément, a pris une seconde pour s’appuyer contre le mur le plus proche et reprendre son souffle, puis elle a enjambé et lui a décoché un coup de pied sec dans le flanc qui a fait tressauter tout son corps. « Sur le dos. » Sa voix était calme, mais avec cette même dureté métallique qu’il commençait à connaître. Elle a renforcé l’ordre d’un autre coup, plus haut, pile dans les côtes. « Maintenant, bouge. »

Autant Adrien détestait l’idée de lui donner ce qu’elle voulait, autant l’idée d’avoir les côtes cassées lui plaisait encore moins, alors il n’avait pas vraiment le choix. Il a contenu le peu de fierté qui lui restait en roulant sur lui-même et en se crispant, s’efforçant d’ignorer son dos abîmé.

Solveig a enjambé sa taille et s’est plantée au-dessus de lui, les mains sur les hanches, à le regarder se tortiller entre ses jambes. Elle a fait la moue, a haussé les épaules, puis s’est penchée pour croiser son regard. Des mèches de ses longs cheveux noirs ont glissé de ses épaules, lui masquant le visage alors qu’elle le dominait.

« Excuse-toi. »

Orgueil, entêtement, ou juste la demande qui sortait de nulle part. Peu importe la raison, Adrien a hésité, et il a été puni par un coup de poing brutal dans le ventre, qui s’est écrasé pile sur le nombril. Il a haleté, s’est redressé par réflexe, puis sa poitrine a été renvoyée au sol par son pied, qui l’a replaqué par terre.

« Excuse-toi. »

Ce n’était pas évident quand il avait l’impression d’avoir un trou qui traversait son ventre, mais Adrien a trouvé une façon de le faire. « Pardon, pardon ! » Il a fermé les yeux, a tenté vainement de calmer sa respiration. « Putain, pardon, pardon, je... »

Solveig a posé son pied sur sa bouche, le faisant taire avec son talon. « Ok, ok, ça suffit. » Elle lui a tapoté la joue avec ses orteils, puis elle est descendue s’asseoir sur sa poitrine. Elle s’est tortillée contre lui, s’installant comme s’il était son pouf préféré, et sentir ce cul sculpté se frotter à lui aurait été un vrai petit cadeau. Un cadeau qu’il avait bien trop mal pour apprécier. « Le plus drôle, c’est que j’avais prévu de me battre avec toi aujourd’hui, de toute façon. Mais ça t’aurait fait nettement moins mal dans la cellule capitonnée, pas vrai ? »

Avec son dos comme s’il avait pris un coup de masse, difficile de la contredire.

« Et devine quoi ? Parce que je me sentais un peu mal pour toi, j’avais prévu de te donner un truc sympa à dîner. Peut-être un Happy Meal. » Solveig a fait tourner son index sur son torse, paresseusement, en laissant son ongle pointu s’enfoncer un peu plus à chaque passage. « Mais là, je crois que je vais juste te laisser crever de faim. Je vais te traîner dans la pièce, fermer à clé, et te laisser passer les vingt-quatre prochaines heures affamé, dans le noir, et à te cailler. Ça te tente ? »

Malgré toute la palette de douleurs qu’Adrien se tapait, il sentait encore son ventre qui grondait, et ça lui a donné envie d’avoir fini ses céréales et de lui balancer le bol vide à la gueule. Ça n’allait qu’empirer, et non, l’idée de passer une journée à crever de faim dans le noir total ne lui disait rien. « Écoute, j’ai dit que j’étais désolé, non ? Je suis désolé. » Elle lui plantait l’ongle au milieu du torse, pas loin de le faire saigner, mais il a résisté à l’envie de lui repousser la main et a encaissé. « Qu’est-ce que tu veux de plus ? »

À cette question, le visage de Solveig s’est éclairé avec le sourire le plus à gifler au monde. « Je suis contente que tu demandes. »

Solveig s’est rapprochée centimètre par centimètre le long de son corps, jusqu’à venir l’enjamber, à califourchon sur sa poitrine. De là, il pouvait lever les yeux au-delà de ses abdos d’acier, par-dessus les deux monticules de ses seins luisants, et voir ce sourire malicieux de chat du Cheshire.

Son sexe s’est durci. Son pouls s’est accéléré. Ses lèvres ont tremblé.

Puis sa chatte est descendue sur sa bouche, et il n’a plus tremblé.

Elle a commencé par l’étouffer complètement, en plaquant ses lèvres rasées et en sueur sur lui, lui bouchant toute entrée d’air. Il a eu un maigre répit quand elle s’est décalée vers l’arrière. Il pouvait respirer en forçant un peu, ce qui tombait bien : Solveig avait des projets pour sa bouche.

« Lèche. »

L’ordre était simple, et sa réponse l’était encore plus : il l’a fixée, le regard noir. Il a été à deux doigts de la mordre à la place, mais l’instinct de survie l’a calmé. Ça faisait un bail qu’il n’avait pas bouffé une femme. Il ne le faisait qu’avec celles qu’il fréquentait depuis un moment, et ces derniers temps, il ne laissait pas ses histoires durer aussi longtemps. Il était bon à ça, comme à la plupart des trucs au lit, mais l’idée lui a retourné l’estomac. Tout ça, c’était tordu : c’est elle qui aurait dû être entre ses jambes, si seulement il pouvait se relever et reprendre la main…

Il a pris quelques secondes à peser la situation, et ça s’est révélé être trop de secondes pour Solveig. Elle lui a agrippé les cheveux à deux mains, a tiré sa tête vers le haut pendant qu’elle s’enfonçait, lui rebouchant tout. « Tu veux bouffer ? Tu veux respirer ? » Son ton perdait son côté joueur et reprenait ce tranchant, le même tranchant avec lequel elle l’avait défoncé au début de tout ça.

Donne-lui ce qu’elle veut, cette fois. Fais-le, c’est tout.

La nécessité et la faim ont gagné contre l’orgueil, et il s’y est mis tout de suite, langue dehors, en allant chercher profond. D’habitude, il y mettait un peu de finesse : il jouait avec la fille, il taquinait, il rentrait dans le truc. Là, il échangeait du plaisir contre de l’air, et ça motivait. Chaque coup de langue était brutal, énergique ; il tournait autour de ce cercle de chair, il suçait, avalait son jus, la langue saturée de son goût.

Solveig participait aussi. Plus il allait vite, plus elle se cambrait contre lui, le chevauchant, rendant ses efforts encore plus efficaces. Ses gémissements sont devenus plus forts à chaque pression, le rythme s’est accéléré, et elle a fini par reculer assez pour qu’Adrien puisse reprendre des respirations régulières par le nez, même s’il ne savait pas si elle l’avait fait exprès ou si elle s’était juste tellement emballée qu’elle s’en foutait de l’étouffer. Les yeux fermés, la tête renversée, elle plaidait clairement pour la deuxième option.

Sa queue se raidissait de seconde en seconde, se dressant à chaque poussée, et sa main y est allée sans réfléchir. Une caresse, puis une autre, puis encore une, pour la faire monter. Les muscles tendus, le sang qui tapait, l’humidité grandissante entre ses jambes lui remplissait les narines et le chauffait encore. Ce n’était pas la façon dont il voulait contrôler quoi que ce soit, mais c’était déjà ça. Ils y gagnaient tous les deux quelque chose.

Adrien commençait à peine à trouver son rythme quand Solveig a passé la main en arrière et lui a claqué la main à l’écart, touchant sa bite au passage et lui arrachant un couinement. Il a essayé de se redresser, mais elle s’est enfoncée d’un coup pour le clouer au sol. « Doucement, doucement. C’est ça que tu veux, hein ? »

Solveig a balancé ses jambes et a pivoté, se retournant d’un seul mouvement vif, net ; un mouvement qui aurait fait honte à certaines des meilleures strip-teaseuses qu’il connaissait. Son visage a été libéré, mais juste une seconde, avant qu’elle ne se tourne vers son gémissement et laisse son cul retomber sur sa face. Ses fesses, pleines et juteuses, ont rempli tout son champ de vision, bouchant jusqu’aux coins quand elle s’est installée, et ensuite il n’y a plus eu que du noir. Il ne voyait plus, mais il sentait toujours, il entendait toujours, et surtout, il pouvait goûter et sentir : deux sens que Solveig dominait encore, portés par son excitation qui montait.

Elle a contracté les fesses, comme pour s’habituer à son nouveau siège, puis elle s’est penchée en avant et a pris son sexe en main. En haut. En bas. En haut. En bas. Solveig le branlait avec un rythme qu’on n’obtient qu’avec une sacrée expérience. Elle pouvait mettre une force dingue dans ses mains, mais son toucher restait doux, chaud, accueillant, et son corps fondait sous elle.

« Putain… » La voix d’Adrien était faible, geignarde, minable, mais il n’arrivait pas à s’en soucier.

Sa bouche savait quoi faire même si son cerveau peinait à suivre. Retour à la langue, à la servir, et avec une vigueur nouvelle. Maintenant que c’était « équilibré », il avait plus d’énergie, et il rendait coup pour coup. Plus elle allait vite, plus il allait vite. Il a arqué le cou pour pousser contre elle, gratter quelques centimètres de plus, et ça changeait tout. Ses gémissements étaient plus durs, plus graves, et il jurait qu’il pouvait sentir son pouls battre jusque là-dessous.

« Adrien… » Son souffle était tellement haché qu’elle arrivait à peine à sortir les mots. « Adrien, je suis presque… je suis presque… »

Un autre gémissement l’a coupée, mais elle n’avait pas besoin de finir. Elle était au bord, et lui allait la rejoindre. Il l’a achevée avec quelques coups de langue furieux, sa langue papillonnant comme des ailes, et ça a suffi. Elle a joui avec un grognement perçant, le corps secoué, et un petit flot a envahi la bouche d’Adrien, giclant par à-coups.

Il avait toujours détesté ce goût, une des raisons pour lesquelles il y allait rarement, mais ce dégoût était loin, très loin au fond de sa tête, maintenant. C’était à son tour de franchir la ligne. Même quand Solveig redescendait, elle continuait de le travailler à la main, et elle accélérait encore, jusqu’à un rythme fiévreux. L’électricité montait en lui, les fluides circulaient, il y était, il y était…

Solveig l’a lâché et a remplacé sa main par un poing. Ou un coude. Ou un avant-bras. Il n’aurait pas su dire avec son cul sur la figure, et ça n’avait aucune importance. Quoi qu’elle ait utilisé, elle l’a abattu de toutes ses forces sur ses couilles, sans la moindre pitié, pile au moment où il atteignait l’orgasme. Elle a roulé de côté et l’a laissé se tordre, agrippé à sa virilité en feu, pendant qu’un cri rauque lui déchirait la gorge. Il a voulu l’insulter, il a même essayé, mais seuls des grognements ont réussi à sortir.

Le pire ? Quand il s’est retourné sur le ventre et a massé sa queue massacrée, il a senti son sperme gicler sur ses doigts, mais le plaisir qui allait avec avait disparu, enterré sous la douleur.

Les larmes lui sont montées aux yeux, et sa seule consolation, c’était que Solveig ne les verrait sans doute pas avec toute cette sueur. Il a tordu la tête pour la regarder, assise contre le mur, les jambes écartées, avec son jus qui s’accumulait sous sa chatte. À la façon dont ses paupières papillonnaient, il voyait qu’elle redescendait encore de sa propre extase, et elle savourait le spectacle de lui en train de se tortiller pendant qu’elle récupérait.

Salope.

Il a gardé le mot pour lui, et pas seulement parce qu’il n’arrivait pas encore à former des phrases. Il a fallu à Adrien près d’une minute pour y parvenir, et quand il a enfin pu parler, il n’avait qu’une question. « Pourquoi ? »

« Parce que je pouvais, Adri. » Sa voix était neutre, comme si elle lisait un contrat, avec une froideur de fer. Elle a tendu la jambe et lui a donné une pichenette sur le nez avec son gros orteil, puis lui a accroché la lèvre, comme pour le provoquer, presque en le défiant de la mordre. Quand il a été clair qu’il ne mordrait pas à l’hameçon, elle a retiré son pied et s’est assise en tailleur, se penchant pour le dominer.

« Parce que ce n’est pas une question de ton plaisir. Ton plaisir, c’est ce qui t’a amené ici, et tu n’auras pas un seul orgasme sous ce toit. Non. Là, il s’agit de rendre. Il s’agit de t’enlever des choses. Il s’agit de te faire ressentir la même chose que ce que tu as fait ressentir à ces femmes. » Elle s’est levée en soupirant, étirant les bras bien haut. Adrien a commencé à se hisser aussi, mais elle l’a stoppé net en posant un pied sur l’arrière de son cou.

« Tu ne contrôles plus rien. Tu ne contrôleras plus jamais rien. »

Adrien a passé une autre nuit dans la cellule capitonnée. Il avait mal au dos, et sa bite lui faisait encore plus mal, au point qu’il ne pouvait même pas se branler pour retrouver le shoot qu’elle lui avait volé.

Mais il ne s’est pas couché le ventre vide. Solveig ne lui avait pas menti à propos du Happy Meal.

Le burger était détrempé, les frites étaient molles, et un peu de ketchup n’aurait pas été de trop, mais au moins ça lui a enlevé ce goût de la bouche.


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