### Chapitre 1 - Hors cadre
Ce dimanche après-midi, la maison était calme.
Ses enfants à lui étaient chez leur mère.
Pas de repas à prévoir, pas de cartable à préparer pour le lendemain, pas de chasse au temps d’écran à l’horizon, simplement le silence.
Marie était devant le miroir de la chambre.
Une robe noire, sobre, presque sage si on exceptait cette légère transparence.
En dessous, une lingerie choisie avec soin. Des bas-couture en nylon, une culotte en dentelle noire qu’il lui avait offerte et ces escarpins à hauts talons qu’elle portait rarement dans la vie courante.
Elle se regarda quelques secondes.
— Alors ?
Steph était assis au bord du lit, son appareil posé à côté de lui.
Il leva les yeux vers elle et sourit.
— Tourne-toi.
Elle obéit.
Ce n'était pas un ordre véritablement nécessaire. Entre eux, certains mots avaient fini par prendre une autre valeur. Dans leur quotidien, il était plutôt celui qui négociait, qui écoutait, qui cherchait à comprendre. Mais lorsqu'ils entraient dans leur jeu, quelque chose changeait.
Elle le savait.
Il se leva et s'approcha.
— Parfait.
— Tu dis toujours ça.
— Parce que c'est souvent vrai.
Alors qu’un sourire naissait sur son visage, il passa une main dans ses cheveux pour dégager son visage, son autre main caressa ses courbes naturelles à la naissance de ses fesses.
— On y va? dit-elle.
Il acquiesça en silence et attrapa son appareil.
Ils avaient choisi un ancien bâtiment industriel à la périphérie de la ville.
Le lieu était abandonné depuis des années. De grandes fenêtres sans vitres, des murs de briques, des poutres métalliques, des herbes folles qui avaient commencé à envahir le sol.
Ils connaissaient l’endroit, ce n’était pas la première fois qu’ils venaient ici, c’est elle qui l’avait repéré un jour où elle passait sur la route en contrebas.
Elle descendit de la voiture avec une veste longue sur les épaules.
Avant d'entrer, elle regarda autour d'elle.
— On ne risque rien ?
— Il n'y a personne.
— Tu en es sûr ? Dit-elle avec un haussement de sourcil.
Il eut ce petit sourire qu'elle connaissait.
— Non.
C'était précisément la réponse qu'elle espérait.
À l’intérieur, la lumière était magnifique. Elle retira sa veste d’un geste assuré.
Il photographia d'abord sans rien demander.
Simplement quelques portraits en pied, de dos et de profil.
Quelques morceaux d’elle, ses chaussures avec la naissance de son mollet, la cambrure de ses fesses.
Puis il lui indiqua une vieille fenêtre.
— Plus près, regarde dehors.
Ces mots simples, dits doucement de sa voix grave, lui permettaient d’entrer dans son rôle de modèle, bien sur elle obéissait à ses demandes mais c’est elle choisissait toutes ses poses.
Chacun de ses mouvements derrière elle, le déplacement de ses chaussures sur le béton, le léger bruit du déclencheur dans le bâtiment vide, la mettait dans un état d’attente agréable qu’elle adorait.
— Lève la tête en arrière.
Elle ne bougea plus.
Puis, au loin, un bruit.
Une portière.
Un frisson parcourut son corps alors qu’elle tournait immédiatement la tête.
— Chut.
Elle se tint immobile alors que le bruit se rapprocha, puis disparut.
Elle le regarda.
Il ne disait rien.
Son cœur s’accélérera.
— Tu savais ?
— Non.
Et cette fois, elle le crut.
— On continue ?
Elle hésita une seconde, puis sourit.
— Oui.
Son corps prit une pose suggestive, mais ses sens étaient en éveil, attentive au moindre bruit.
Un mélange de peur et d’attrait pour le risque.
Dans ces moments-là, les paroles de Steph étaient toujours les mêmes
C’est bien
Ne bouge plus
Rentre ton ventre, sors tes seins
Oui
Ce simple mot était pour elle le signe qu’elle pouvait changer de position.
Quelques fois il lui demandait de lever le bas de sa robe pour qu’on voit la naissance des jarretelles, d’écarter les jambes, de dévoiler un sein.
Elle ne parlait pas, son corps obéissait machinalement, mais son esprit vagabondait.
Puis très vite, elle sentait ses sens s’éveiller lentement, puis l’excitation la gagnait, son sexe s’ouvrait et s’humidifiait.
Elle aimait ça autant que lui, même si leurs plaisirs étaient très différents.
Il s’arrêta pour rouler une cigarette en silence.
Alors qu’il allumait sa clope, il jeta un œil sur les photos qu’il venait de prendre.
Elle, ne voulait qu’une chose, qu’il apaise son corps.
Alors elle s’approcha de lui, lui prit la main et la plaça sur son entrejambe.
Il posa son appareil.
Debout les jambes écartées, ses doigts d’homme la caressaient par-dessus le tissu.
Elle fermait les yeux, son index passa sous le tissu et s’insinua entre ses lèvres humides.
Elle gémit et se cambra.
Son doigt descendit lentement jusqu’à l’entrée de son vagin qui l’aspira.
Elle aimait être remplie, elle adorait que quelque chose titille son clitoris en même temps.
Dans l’excitation du départ, elle avait oublié ses jouets à la maison.
Sa main droite descendit le long de son ventre et vint se poser là où son corps le réclamait.
Elle était enfin comblée, deux doigts dans sa chatte et ses doigts à elle sur son bouton.
Il essaya de ramasser son appareil, elle grogna, il comprit.
Il était pris dans un piège qu’il adorait, elle voulait jouir, là debout.
Lorsqu'ils sortirent du bâtiment, le soleil descendait derrière les arbres et dessinait une longue bande dorée sur le chemin.
Ils marchèrent quelques minutes sur le sentier sans parler, les arbres commençaient à perdre leurs feuilles jaunes et oranges.
Puis elle s'arrêta.
— J'ai envie d'essayer quelque chose.
Il se retourna.
— Ici.
Il comprit immédiatement.
— Il y a une route à cinquante mètres.
— Je sais.
— Des gens peuvent passer.
Elle sourit.
— Je sais.
S’approchant de lui, les yeux dans les yeux, elle lui dit d’un air mutin.
— Tu veux prendre des photos ?
Sans attendre de réponse, elle posa sa veste au sol
Il leva lentement l'appareil.
Le reste du monde sembla soudain très loin.
Il recommença à immortaliser son corps mais quelque chose avait changé.
Ce n'était plus seulement une séance photo.
Chaque bruit devenait important. Chaque voiture aperçue au loin provoquait chez elle une décharge d'adrénaline. Elle ne cherchait pas réellement à être découverte.
Elle voulait seulement sentir que c'était possible.
Et lui le savait.
- Enlève ta robe
Hésitante, elle actionna la fermeture sur le côté et la fit glisser sur ses jambes
Sa peau blanche tranchait avec la lumière ocre, ses seins s’offraient à la nature.
Elle prit la pose, il shootait.
À travers son objectif, il observait moins son corps que son visage.
C'était là que tout se passait.
Son expression lorsqu'elle entendait un bruit.
Son sourire lorsqu'elle réalisait que personne ne venait.
La façon dont elle relevait légèrement le menton lorsqu'il lui demandait de rester immobile.
Allongée dans l’herbe, elle écarta les cuisses.
Il prenait de plus en plus de photos, comme au comble de l’excitation.
Sa culotte rejoignit sa robe, comme si son esprit avait oublié le monde qui l’entourait.
Ses poses étaient de plus en plus osées, on était loin de l’érotisme sage du début de la séance
Il baissa finalement l’appareil et s'approcha.
— Pourquoi tu t'arrêtes ?
— Parce que je veux me souvenir de toi comme ça.
— Comme quoi ?
— Comme la femme qui sait exactement ce qu'elle fait.
Elle sourit, puis l’embrassa, longtemps, sa main trouva le chemin du haut de son pantalon, elle sentit son sexe à travers le jean.
Le reste de la séance pouvait attendre, ils avaient tout leur temps.
Du moins, c'est ce qu'ils pensaient.
Un bruit de pas venait de retentir derrière eux.
Ils se retournèrent ensemble.
Une silhouette apparaissait au bout du chemin.
Et, pour la première fois de la soirée, aucun des deux ne sourit.