Depuis la fin de l’été, je déconne avec quelqu’un que je n’aurais jamais dû regarder autrement que comme la tante de ma femme. Une femme du clan, de celles qui ont toujours une remarque à faire, un rire gras quand ça dérape, et ce petit air de “je m’en fous” qui te met tout de suite mal à l’aise.
Elle s’appelle Suzanne. Soixante-dix balais passés, ronde, une poitrine qui déborde et une façon de se tenir comme si la gêne avait quitté son corps depuis trente ans. Elle n’est pas du genre à minauder. Elle te plante ses yeux dedans et tu sens que tu pourrais te prendre une gifle… ou un “viens là” sans préavis.
Ça n’a pas commencé par un plan. Pas de fantasme mûri en cachette, pas de calcul. Juste un de ces moments idiots qui font basculer une vie : un salut un peu trop proche, un mouvement mal anticipé, et nos lèvres qui se retrouvent exactement où elles ne devraient pas.
Je recule, réflexe, un sourire con déjà collé à la gueule.
— Merde… pardon, dis-je.
Elle me fixe une seconde. Pas choquée. Pas indignée. Juste amusée.
Alors, au lieu d’en rester là, je fais le malin, comme un abruti qui veut transformer son malaise en blague.
— Bah… c’est plus direct comme bonjour, non ?
Je reviens à elle et je l’embrasse franchement. Pas un bisou de papier. Un vrai, posé, assumé.
Elle éclate d’un rire court.
— Quel con, lâche-t-elle. T’es vraiment un drôle, toi.
Mais elle ne se dégage pas. Et dans ses yeux, il y a ce truc qui s’allume, comme une porte qui se déverrouille.
Après ça, on a fait semblant d’être sages. Le repas, les discussions, les banalités, les “tu veux du fromage ?”. Je la regardais du coin de l’œil, elle aussi. Et quand elle s’est levée pour partir, je n’ai pas résisté.
À la porte, je lui ai repris la bouche. Cette fois, elle ne riait plus. Elle a juste entrouvert les lèvres, comme si elle m’attendait depuis longtemps.
Je me suis dit : elle sait exactement ce qu’elle fait.